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Tiffany Brélivet, « feel good manager», chargée du bonheur au travail

On passe un tiers de notre temps au travail alors autant s’y sentir bien…
Depuis la révolution industrielle, le Taylorisme et « les temps modernes » de Charlie Chaplin, on peut dire qu’on a fait du chemin… Les GAFAs comme Google, l’ont d’ailleurs bien compris, elle porte une attention toute particulière au moral de ses employés et tient à leur offrir un cadre agréable, créatif et dynamique. Quittons maintenant la Californie, et prenons maintenant la direction de Locronan, qui question ambiance au travail n’a rien à envier aux start-ups de la Silicon Valley.

Tiffany Brélivet, est une « belle » personne, pétillante, rayonnante et souriante, elle m’accueille avec un large sourire et sait mettre à l’aise ses invités. Elle occupe une profession atypique et pleine de sens, encore rare en France : Chief Happiness Officer.

Sa mission : fédérer et rendre heureux au travail les salariés de l’entreprise de portails et de clôtures Cadiou implantée à Locronan depuis plus de 40 ans. Cadiou emploie aujourd’hui près 400 personnes et a toujours fait du bien-être au travail sa priorité.

En échangeant avec Tiffany, nous allons essayer de découvrir ce nouveau métier et d’en savoir un peu plus sur ce qui lui donne autant le sourire !

TOST : Peux-tu te présenter aux lecteurs de TOST ?

Tiffany Brélivet :

« J’ai 27 ans, je suis originaire de Plouguerneau dans le Finistère Nord. Il y a 4 ans j’ai suivi un master Ressources Humaines en alternance comme assistante Ressources Humaines dans l’entreprise CADIOU à Locronan. Après l’obtention de mon diplôme, Emmanuelle Legault, la directrice générale de l’entreprise, et Hervé le Bot, le directeur des Ressources Humaines, m’ont donné l’occasion de développer ma fonction sur mesure en créant le poste de Chief Happiness Officer, ou manager de la qualité de vie au travail.

Emmanuelle Legault arrive à cerner vite les gens et s’intéresse à tout ce qui pourrait contribuer positivement à la bonne marche de l’entreprise et au bien être des employés. Elle s’inspire de ce qui fonctionne ailleurs, en France ou dans d’autres pays. Elle croit en l’intelligence collective, chacun peut participer dans l’entreprise et la rendre « meilleure ». Elle a vu que j’avais beaucoup d’affect et de facilité avec le côté social dans les ressources humaines. Pendant mon alternance, j’avais commencé à organiser des événements pour rapprocher les salariés dans l’entreprise, comme l’incontournable « Goûter de Noël ». Et elle a décelé en moi des capacités à devenir « manager de la qualité de vie » chez Cadiou. C’est comme ça qu’on ma proposé ce poste.»

TOST : En quoi consiste ton métier de Chief Happiness Officer ?

« Je me préoccupe du bien-être et du bonheur des employés. Je fais partie du service Ressources Humaines, et je m’occupe également de l’accueil des salariés, la santé au travail, les relations avec l’assistante sociale. En complément je suis chargée de la qualité de vie au travail.

J’ai pour principales missions de parvenir à créer une atmosphère agréable dans l’entreprise, et instaurer un univers serein pour les collaborateurs. Je valorise les relations humaines au sein de l’entreprise. Je m’occupe de l’instauration d’une bonne ambiance de travail entre les employés.

Je veille à ce que les gens prennent soin d’eux-mêmes et maintiennent un équilibre entre leur travail et leur vie privée. On cherche également à ce que chaque salarié(e) se sente bien sur son poste, dans son équipe, et dans l’entreprise en général. De l’intégration des nouveaux jusqu’à l’animation des activités communes, j’assure la pérennisation de l’esprit d’équipe au sein de l’entreprise.

Pour cela nous suivons une culture d’entreprise, incarnée par notre Directrice Emmanuelle Legault, qui a fait du bien-être au travail une de ses priorités.

Cadiou est une entreprise familiale et certains salariés ont connu notre actuelle directrice toute petite. Son mari et son beau-frère y travaillent également. Il y a une proximité et une ambiance similaire à celle que l’on peut avoir dans une famille.

Son fondateur, Ronan Cadiou a comme devise : « quand on travaille pour une entreprise il faut y être heureux. La richesse de Cadiou, c’est son personnel.» On peut dire qu’ici le bien-être au travail, se transmet de génération en génération, et fait parti de l’ADN de Cadiou. »

TOST : Concrètement, comment est-ce que tu t’y prends pour y parvenir ?

« Je veille à l’épanouissement des salariés, à soigner leur cadre de travail et rendre l’entreprise plus attractive. Faire le bien autour de soi tout en allant au travail, c’est très agréable. Je reste accessible et ouverte, ils me font confiance.

Concrètement, chaque année je prends un calendrier et choisis les dates et moments importants de chaque mois, comme la chandeleur, la journée de la femme…J’essaie de garder un effet de surprise, et de renouveler les événements, en proposant des actions différentes chaque année.

Par exemple l’année dernière nous avons fêté la galette des rois, et cette année nous avons préféré la chandeleur. De sorte à ce qu’il n’y ait pas de monotonie, pour garder l’effet de surprise. »

TOST : Quelles sont les principales actions que tu as mis en place ?

« On a mis en place une action comme le don du sang, ça a été très positif. Le discours était « on a pas le temps de le faire en dehors du travail », et on a offert aux salariés la possibilité de donner leur sang sur leur temps de travail. Cette action a été bien suivie, et les salariés ont été reconnaissants que nous leur permettions de le faire sur place et de leur offrir du temps pour donner leur sang. Lors de La semaine du développement durable nous avons proposé des fruits à tout le monde.

Nous sortons aussi de l’entreprise, comme lors des opérations de ramassage des déchets, sur les plages autour de Locronan, comme à Plonévez Porzay ou Plomodiern. Un samedi matin, les salariés viennent en famille avec leurs enfants ramasser les déchets puis nous pique-niquons tous ensemble. L’année dernière il y avait une cinquantaine d’inscrits.

Nous organisons également la « journée des enfants », ils peuvent venir visiter et découvrir l’entreprise où travaille leurs parents. On explique aux enfants comment fonctionne l’entreprise et ils peuvent voir en quoi consiste le métier qu’exerce leur mère ou père. Les enfants sont fiers de voir que leur parent joue un rôle dans l’entreprise, c’est valorisant. Cela leur permet également de découvrir le monde du travail. Puis nous terminons la visite avec un goûter convivial (et des bonbons !).

En début d’année, Cadiou a mis en place une salle de Gym et de musculation. Une coach sportive, Valérie, vient donner des cours entre midi et deux chaque lundi et jeudi. Le vendredi c’est un salarié qui a pris l’initiative de proposer des séances de yoga et relaxation. Ils vont même parfois à la plage.

Lors de la journée de la femme nous avons offert une rose à toutes les salariées, elles étaient émues et touchées par ce geste. Il y a eu un retentissement important, ce fut une journée forte en émotion.

Je sais que j’ai beaucoup de chance de faire ce métier, c’est très plaisant tout en donnant beaucoup d’investissement personnel.

Ces moments sont importants car ils permettent de créer du lien entre les salariés, ils sont ouverts à tous, il n’y a pas de différence entre les personnes, qu’elles soient en CDD, CDI, intérim, stage, un ouvrier peut partager ces moments avec un cadre ou responsable. »

TOST : Constates-tu un réel impact sur l’entreprise et sur le bien-être des salariés ?

« Souvent des clients ou partenaires qui viennent ici pour la première fois, sont surpris qu’on puisse entendre les employés qui rigolent, sourient, et sont heureux de travailler.

C’est positif. Depuis 2 ans nous observons très peu de turn over, les gens veulent rester, il y a une très forte valeur marque employeur. Beaucoup veulent rester après leur mission en intérim par exemple. On reçoit des candidatures venant de l’entourage et de connaissance des salariés, ce qui veut dire qu’ils en parlent de manière positive à l’extérieur. En effet, force est de constater qu’un salarié heureux est plus efficace et motivé. La prospérité de l’entreprise est la preuve que cela fonctionne.

Des outils collaboratifs sont proposés comme l’application google plus et klaxoon. Il y a un site web de réservation où les salariés peuvent s’inscrire aux activités proposées dans l’entreprise. Chaque salarié a aussi son adresse email personnelle pour être au courant des nouveautés de l’entreprise, voir les photos des chantiers avec les portails posés, ou encore le « bon coin » Cadiou. C’est une forme de reconnaissance.

Il y a également une plateforme « intranet » où les salariés peuvent poster leurs photos des chantiers et gardes-corps posés, cela permet aux ouvriers de voir en situation réelle les gardes-corps et portails qu’ils ont fabriqué, c’est la finalité de leur travail. Cela donne un sentiment de satisfaction aux salariés, et donne du sens à ce qu’ils font. Les salariés témoignent de la reconnaissance, ils publient des photos et me disent merci. Sur les réseaux sociaux ils leur arrivent aussi de reposter les publications de Cadiou sur leur compte personnel.

Les salariés s’impliquent et sont forces de propositions. Nous avons créé les « trophées des initiatives », cela permet aux salariés de proposer une idée, de monter le projet en équipe et de le présenter à un jury si il est sélectionné. Les inscriptions sont ouvertes à tous pendant 1 mois. Il y a des thèmes comme le développement durable, la qualité de vie au travail.

Le projet retenu est ensuite réalisé par l’entreprise. Suite à ce trophée, remporté par une équipe, une usine de thermolaquage est désormais opérationnelle, cela permettra de diminuer les déplacements, de gagner du temps et de monter en compétence. C’est une fierté pour eux de voir que leurs idées sont prises au sérieux et mises en application.

Nous éditons également le magazine « Demain » qui a pour but de mettre en lumière les initiatives prises par chacun et de donner la parole à tous les salariés (NDLR le « magazine TOST » interne !-). »

TOST : Sais-tu quel est l’origine de ce métier et quelle sera son évolution ?

« Le Chief Happiness Officer est un poste qui a vu le jour dans le monde des start-ups il y a une dizaine d’années. Plus récemment ce métier s’est fortement développé en Europe, surtout dans les pays scandinaves, ils sont souvent en avance sur nous en ce qui concerne le bien-être au travail. On laisse aussi là-bas plus de place à la créativité. Depuis, les entreprises et grands groupes ont saisi l’enjeu du bonheur en entreprise et ont commencé à recruter des CHO. Inculquer plus de bienveillance au sein des entreprises en France est assez nouveau comme forme de management.

Nous cherchons à ce que les salariés soient de plus en plus investis dans la vie de l’entreprise. Ils y passent beaucoup de temps, c’est important qu’ils s’y sentent le mieux possible. Certainement, d’autres entreprises et organisations vont aussi créer des postes de responsable qualité de vie ou chief happiness officer, car les résultats sont positifs à tout point de vue, d’abord pour le salarié lui-même, puis ses collègues et collaborateurs, mais aussi auprès des partenaires et l’image de marque que renvoie l’entreprise auprès de ses clients et partenaires.

Quand je me déplace, j’explique en quoi consiste mon métier aux autres personnes que je rencontre, ça leur permet de comprendre mon rôle, cela devient plus concret à leurs yeux et leur donne également des idées. C’est un métier en plein essor, qui va évoluer, et prendre de plus en plus de place dans les entreprises. »

TOST : As-tu une devise ?

« Faites-le bien par petit bout là où vous êtes ; car ce sont tous
ces petits bouts de bien, une fois assemblés, qui transforment le monde. »
Desmond Tutu

« C’est plus facile de faire le mal que le bien autour de soi. Ça demande de l’énergie d’être positive, on a tous nos problèmes, mais on mérite le respect, je trouve ça important. »

TOST : Quel est l’endroit dont tu te sens la plus proche, de quoi te sens-tu « TOST » ?

« Je vais facilement à la plage de Kervel, à 5 minutes de Cadiou. Souvent à midi, nous allons y pique-niquer. C’est très agréable de pouvoir faire cette coupure au bord de la mer les pieds dans le sable et de s’accorder une parenthèse où l’on peut se « reconnecter » à la nature. C’est ressourçant.

J’ai grandi au bord de la mer (NDLR à Plouguerneau), j’aime être assise sur le sable et la regarder. C’est aussi ma source de motivation.

J’habite sur Quimper, et j’aime aller « prendre l’air » à Bénodet, Sainte Marine, l’île Tudy. J’adore le « Sans-Souci » à Bénodet sur le front de mer, ou bien encore le « Café de la Cale » à Sainte Marine. J’y vais avec mes amis, quand on est assis en terrasse devant l’océan, on se pose et on oublie tout. Ça m’arrive aussi faire de la randonnée en bord de mer. »

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Site web : www.cadiou.bzh

Page Facebook :  GroupeCadiou

Interview & photos Magali Nouguier

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