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Alena Ehrenbold : des montagnes Suisses à l’océan Atlantique, elle vit ses passions à fond !

Alena est une « fille de l’eau », un peu bohème, un peu poète, un peu sirène, elle a grandi au bord du Lac de Lucerne au pied des montagnes suisses. Elle a choisi de devenir surfeuse après avoir appris « sur le tard » à dompter les vagues, puis a voulu en faire son métier car passionnée et douée. Elle a découvert récemment les vagues et les paysages du Finistère, qui est devenu un nouveau pied à terre…Alena aime aussi raconter des histoires autour de sa passion qu’elle partage avec tous à travers la réalisation de films et court-métrages.

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Alena m’avait donné rendez-vous à la pointe du Raz, dans l’atelier-café-boutique « Monsieur Papier », situé au bout du monde, dans l’ancien Relais de l’île de Sein d’où partait depuis le petit port le bateau qui faisait les liaisons avec l’île de Sein dans les années 50. Ce jour-là, c’était un temps bien breton, dehors, le vent et le crachin qui rougissaient nos joues, nous ont poussées à nous abriter à l’intérieur.

Nous nous sommes installées confortablement autour d’un cappuccino, sur une table située derrière les baies vitrées de la véranda de l’atelier, avec une vue imprenable sur l’océan et la lande. Ce n’est pas un hasard si Alena m’a invitée à la rejoindre dans ce café situé à la pointe du Finistère, Alena est ici dans son élément, nous sommes en effet entourées de créatures marines : poissons, phares, crabes, coquillages, bateaux, et autres curiosités en tous genres qui prennent vie imprimés sur le papier des carnets, livres, affiches, et déco, vendus dans la boutique des deux créatrices du lieu.

TOST – Peux-tu te présenter aux lecteurs de TOST ?

« Je m’appelle Alena, je viens de Suisse et je suis free-surfeuse. J’écris aussi des articles et des scripts de films, que je produis et que je réalise. Je voyage aussi beaucoup, je pourrais presque dire que je suis une « nomade-professionnelle ».

TOST – Tu as grandi près des montagnes en Suisse, qu’est-ce qui t’as attiré vers l’océan ?

« J’ai grandi à Lucerne, près du lac, au milieu des montagnes enneigées. J’ai ensuite obtenu un master en économie à l’université de Zurich, puis je suis devenue professeur en droit et en économie au lycée et dans une école pour adultes en reprise d’étude, à Lucerne. Il y a 3 ans et demi, j’ai tout lâché et je me suis permise d’essayer de vivre à plein temps comme surfeuse professionnelle et directrice de films, mes deux passions. »

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TOST – Comment t’es-tu mise au surf et que représente le surf pour toi ? Que t’apporte-t-il dans ta vie ?

« Avant de surfer, j’étais déjà sportive, je faisais de l’athlétisme et du karaté à haut niveau. J’ai aussi toujours passé du temps près de l’eau, c’est mon élément. Mes parents allaient au lac de Lucerne et on voyageait beaucoup. »

« La mer me fascinait déjà avant de commencer à surfer. J’ai grandi en ville, mais j’aimais partir à l’aventure. Depuis toute petite, j’aime être au bord de l’océan, proche de la nature, c’est à la fois apaisant et ressourçant, c’est « méditatif », ce côté-là me plait beaucoup. Tu te sens en lien avec la nature, tu te déconnectes de tes préoccupations quotidiennes.»

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« C’est quand j’ai rencontré mon copain de l’époque, qui était passionné de surf que j’ai découvert ce sport. J’avais le choix : aussi essayer de surfer ou attendre sur la plage, et je ne suis pas du style à rester passive, je préférais aller à l’eau, même si au début ça n’était pas facile ! C’est comme ça qu’à 21 ans, j’ai pris un cours de débutant de surf au Portugal, ça m’a beaucoup plu. »

« De retour en Suisse, il n’y avait pas de vagues ^^ ! J’avais toujours cet objectif, pendant mes études, dès que j’avais du temps et assez d’argent, je partais surfer. Pendant 5 ans j’ai fait comme ça, je voulais progresser, car je faisais partie d’un groupe d’amis qui surfaient à un bon niveau, et je courais toujours après eux, pour rattraper leur niveau. Ils me motivaient et étaient exigeants. Quand nous partions en Italie ou en France pour le weekend ou pour quelques jours, ils étaient cash : « tu peux venir mais tu fais pas ‘’iech‘’ ». J’avais intérêt à progresser ! Finalement, j’ai obtenu mon diplôme de Master en Économie et le diplôme pour enseigner. J’ai eu donc les moyens de voyager plus souvent. »

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« J’ai pu aller dans d’autres pays, rencontrer d’autres surfeurs et m’en inspirer. Je partais avec une ou deux planches, une combinaison et une valise. J’étais seule à surfer, et je n’avais pas beaucoup d’amis qui pouvaient m’accompagner, du coup je voyageais souvent seule. C’était inhabituel pour moi au départ car je n’étais pas vraiment indépendante, je faisais souvent les choses à plusieurs, en famille ou entre amis.»

« Ça m’a poussée à me prendre en main si je voulais atteindre mon objectif et atteindre un bon niveau. C’était vraiment l’aventure, je devais me débrouiller toute seule, être autonome, me motiver. Un vrai défi. Cela m’a également permis de m’ouvrir et d’aller vers les autres. »

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« En 2010 j’ai commencé à travailler au lycée comme Professeur d’Économie, c’était mon premier emploi fixe. Quelques fois le directeur de l’école me permettait de prendre des congés supplémentaires d’une ou deux semaines pour partir pour un projet ou pour les compétitions. Et je partais toujours pendant les vacances, j’étais à fond quelques soient les vagues. Ce qui m’a permis ensuite d’entrer dans la Team Nationale de Surf Suisse, de participer aux compétitions et d’avoir des sponsors. J’avais une double-vie de professeur et de surfeuse, et ce jusqu’à mes 32 ans. Le week-end je prenais ma voiture, je partais en direction de l’Italie en hiver, quelque soit le temps. J’ai eu de meilleures planches (pas du tout facile à trouver en Suisse !), de nouveaux sponsors et j’ai ensuite vu une petite chance de pouvoir vivre du surf en tant que professionnelle. »

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TOST – Que penses-tu de l’image de la femme dans le surf ?

« Comme j’ai commencé à surfer très tard, je suis passée par toutes les étapes, depuis le niveau débutante jusqu’au haut niveau. C’est un sport plutôt machiste et archaïque. Encore aujourd’hui je suis souvent la seule fille sur le spot. On commence par me braquer les vagues, je dois montrer que je surfe bien, je dois m’imposer. Quand les conditions sont grosses ou bonnes, c’est souvent chacun pour soi : fille ou garçon, aucune différence. On ne se fait pas de cadeau entre surfeurs, je dois prouver que je suis capable autant qu’un homme sur le pic. Je pense que c’est en train de changer, nous sommes dans une phase de transition. Il y a encore plein d’endroits où les femmes ne s’autorisent pas à surfer. Souvent la culture du surf s’est imposée. Par exemple en Australie et en Californie tout le monde en fait. Les choses évoluent. »

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TOST – Tu es également productrice (Blue Road Surf Film), scénariste et réalisatrice de court-métrages et documentaires, comment t’es venue cette nouvelle passion ?

« Je suis arrivée au film par l’écriture. Avec le surf, j’ai commencé à écrire, ça m’a toujours manqué de ne pas avoir la vidéo. J’avais le texte, les photos, il me manquait l’image animée.»

« J’ai toujours été très rêveuse, l’imagination parle, j’écris, je visualise des choses et des idées. Et j’ai envie de les partager à travers mes films. »

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TOST – Comment choisis-tu ton équipe de réalisation, comment est-elle constituée ?

« Comme je ne suis pas trop « technicienne », j’ai cherché des professionnels. J’ai réalisé « I WANNA SURF » le premier film sur la communauté surf de Suisse. On est parvenu à réunir l’argent, on a fait un crowdfunding. J’étais plutôt productrice que réalisatrice.
Et j’ai ensuite écrit mon premier script avec « BLUE ROAD ». Sur ce film, il y avait 4 monteurs et cameramen/women. J’étais réalisatrice et j’ai pu m’exprimer davantage. Et encore plus avec « TAN ». Sur ce dernier film, j’ai travaillé avec Yohann Strullu (blackpixels.fr). C’est une relation de travail qui marche très bien. J’apprécie énormément son travail et son esprit, nous sommes une bonne team.»

TOST_Surf_Finistere_Alena_Ehrenbold_©Thomas_Bonderf-6113©Thomas Bonderf

TOST – Que souhaites-tu transmettre à travers tes films ?

« Pour « BLUE ROAD » je me suis intéressée à la question de l’importance de la passion dans une vie. Je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule. Je pouvais raconter cette histoire avec d’autres points de vue que le mien. Annabelle Talouarn, Rachel Bonhote et moi étions déjà des copines, ça marchait bien. À travers des portraits authentiques de surfeuses, j’ai voulu proposer une vision personnelle du surf féminin aujourd’hui. »

TOST_Surf_Finistere_Alena_Ehrenbold_©Thomas_Bonderf-6719©Thomas Bonderf

« Pour « TAN » j’ai voulu raconter l’histoire de Robin Goffinet. Robin fabrique des planches de surf (shaper) en Finistère dans la Baie d’Audierne. J’étais une cliente au début, puis nous sommes devenus amis. J’ai voulu raconter son métier, comment il travaille. J’ai écrit un script sur lui. »

« J’ai trouvé intéressant d’apprendre à le connaitre, d’analyser ses valeurs et sa façon de vivre. J’ai passé beaucoup de temps à l’observer, trouver ce qui serait intéressant à raconter, se laisser inspirer par son histoire. Une question s’est posée : comment Robin, tout en étant très sollicité par son métier reste-t-il fidèle à ses convictions et ses valeurs ? Il est aussi question du rapport entre le temps, son métier et sa passion.»

« Je suis contente car ce film a remporté plusieurs récompenses dans le monde, et également dans des Festivals de Film de Surf réputés, aux Etats-Unis, en Australie. C’est un film qui fait écho aux valeurs de nombreuses personnes. »

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©Thomas Bonderf

« Dans le prolongement de la réalisation, je viens de fonder avec des bons amis le Swiss Surf Film Festival (SSFF). C’est un festival qui aura lieu fin avril à Lucerne, en Suisse, où nous allons projeter des productions des quatre coins du monde. Il y aura aussi des expos, un bar, des concerts, des bons petits plats… Le tout, les pieds dans l’eau du lac, devant le coucher de soleil sur le Pilatus (sommet emblématique de la région). On attend des films du monde entier, d’Afrique du Sud, d’Australie, d’Irlande, de France, etc. et aussi de Suisse. ! Et je suis également en train d’écrire le script d’un nouveau film. »

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TOST – Tu viens régulièrement poser tes valises dans le Cap Sizun, pourquoi aimes-tu venir au Bout du Monde ?

« J’aurais pu choisir tous les endroits du monde. Je suis très liée à la Suisse, à ma famille, mes potes. L’Australie, destination idéale pour surfer, c’était trop loin. Je préférais rester en Europe et être plus près de mes proches. Je suis souvent allée dans les Landes, et surfé sur la côte Sud-Ouest. Je ne me sentais pas vraiment à l’aise là-bas, et j’ai découvert la Bretagne.»

« J’étais attirée par le Finistère. Je savais que je pourrais y surfer, et j’ai accroché dès la première visite, ça m’a plu tout de suite. J’étais touchée par la nature, les plages, les vagues, ça m’inspirait. Ici j’ai rencontré des gens qui sont devenus mes potes. »

« Je ne suis presque jamais plus de deux semaines dans un endroit. Entre les projets de films, les photos, les compétitions, les conférences, je bouge tout le temps. Le Finistère est devenu un nouveau pied à terre, c’est un endroit où je me ressource, où je peux être créative chaque fois que j’y pose mes valises. Depuis 5 ans j’aime le Finistère par tous les temps, toutes les saisons. Qu’il pleuve ou qu’il vente. J’aime la variété des spots entre Brest et Penmarc’h. J’ai maintenant la chance d’y avoir de nombreux amis.»

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TOST – Quelle est ta devise ? 

« If you don’t go, you don’t know ! »

TOST – Quel est l’endroit dont tu te sens la plus proche (TOST) ?

« C’est l’eau. Un lac, une rivière ou surtout la mer ! Au pire une piscine ou même la douche pour dépanner 😉 »

TOST – As-tu un lieu et une personne à nous recommander – qui t’inspirent ?  

« Dans une autre occasion j’aurais dit le Finistère, mais bon.. du coup, un peu plus exotique : les îles d’Indonésie. La culture, la gentillesse des gens, la nourriture, la nature, les vagues. »

« Pour la personne à recommander, je dirais Albert Würsch chanteur et compositeur du groupe « Al-Berto and the fried Bikinis ». C’est un très bon ami à moi et une des personnes les plus positives sur terre ! » 

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Sur la toile

alenaehrenbold.ch
Instagram : @alenaehrenbold
Facebook: alena.ehrenbold

blueroadsurffilm.com
Vimeo : vimeo.com/blueroad

Swiss Surf Film Festival
1ere édition du 26 au 28 Avril 2019 à Lucerne – Suisse
swisssurffilmfestival.ch

Monsieur Papier
www.monsieurpapier.fr

Al-Berto and the fried Bikinis
Alena featuring dans le clip « Miel »

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Interview de Magali Nouguier & photos de Guillaume Prié

Sauf mentions ©Thomas Bonderf
Instagram @thomasbonderf

#TostMagazine #TostHaTost

Finistère Gens Interview Photo

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