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Nicolas Cloteaux, agitateur de ressources humaines

Rencontre avec Nicolas Cloteaux coach sportif et fondateur de LâchezPrise à Quimper.
Combien de temps passons-nous au travail ? Suffisamment pour souhaiter que ni notre bien-être, ni notre santé ne soient mis en péril par notre activité professionnelle.
A l’ère de la compétitivité et de la performance à tous prix, certaines entreprises, de plus en plus nombreuses, prennent conscience de l’importance de prendre soin de leurs collaborateurs. C’est dans ce contexte et pour les accompagner dans leur démarche que Nicolas Cloteaux a fondé la société LâchezPrise.
Son projet : proposer des activités sportives pour prévenir ou soulager les problèmes de santé liés au travail, réapprendre la cohésion et remettre l’humain au cœur de l’entreprise. Il nous donne l’occasion d’interroger la place du travail dans nos vies et de retrouver un équilibre.

TOST – Le sport a toujours eu une place importante dans ta vie. Quel a été ton parcours avant la création d’entreprise ?

Nicolas Cloteaux – LâchezPrise :

« L’école ne me plaisait pas plus que ça, je n’avais pas de difficultés à apprendre mais je m’ennuyais ferme. Je suis parti à Rennes faire du judo en sport études quand j’avais quinze ans et j’ai su dès la première année que je voulais devenir éducateur sportif.

Travailler avec des plus jeunes et transmettre ma passion, c’était important pour moi.

Après un Brevet d’État judo pour pouvoir enseigner, je suis resté cinq ans à Poitiers comme éducateur sportif. Mais la Bretagne me manquait. Alors, j’ai postulé, déposé des cv et bizarrement, ça a répondu à Quimper. Pour la petite histoire, avec ma femme, on voulait s’installer dans le Finistère Sud à la retraite. On aimait bien Quimper, l’Ile Tudy. On se disait qu’on viendrait quand on serait vieux. »

Pendant quinze années, Nicolas a enseigné le judo à Quimper et à Douarnenez. Il a contribué à faire du Dojo de Cornouaille un club formateur reconnu, il a développé des activités telles que le taiso, le self-défense et a accompagné de nombreux judokas en compétition jusqu’aux titres nationaux.
Puis, l’envie d’un nouveau challenge s’est fait sentir. Nicolas a imaginé son activité en cohérence avec sa passion et les valeurs que la pratique du sport à haut niveau lui a enseigné.

« Mon passé de judoka – tout ce que j’ai appris ou que mon corps a intégré depuis que je suis gamin –  me sert parce qu’entreprendre, ce n’est pas facile. On prend des coups et il faut savoir se relever.

Le judo, c’est beaucoup de rigueur. Pour monter une entreprise, si tu n’es pas rigoureux, ça ne colle pas. Et, comme au judo, il faut aussi prendre des risques. Si tu ne le fais pas, tu ne peux pas gagner. Si tu ne fais qu’assurer tout le temps, il ne se passe rien. »

TOST – Qu’est-ce qui te plaît dans le fait d’être entrepreneur ?

Nicolas Cloteaux – LâchezPrise :

« Ne pas toujours faire la même chose… Rencontrer du monde…

Ce qui me plaît, en fait, c’est de me lever le matin avec un objectif et bosser pour l’atteindre. »

« C’est peut-être ça qui manquait à mon équilibre, à un moment donné, dans mon travail. Quand j’ai arrêté la compétition, j’ai eu un moment de flottement. Je me réveillais le matin et je ne savais plus à quoi je servais. Pendant un temps, j’ai retrouvé ma place avec des défis sportifs, des marathons. Mais rapidement, ça ne suffisait plus. Et puis, ça prenait trop de place dans ma vie.

Depuis petit, j’ai toujours eu envie d’entreprendre mais je ne trouvais pas trop d’idées. Et puis, j’ai fait un constat : j’ai parfois réussi à relancer des gens qui n’étaient pas très bien au travail en les raccrochant à une activité sportive. »

C’est ainsi que l’entreprise LâchezPrise a vu le jour, en septembre 2017, avec un double objectif.

«J’ai un projet immédiat : développer mon activité autour de :

  • la prévention des risques psycho-sociaux, parce qu’on ne peut plus pressuriser les gens comme on le fait maintenant,
  • la prévention des TMS (troubles musculo-squelettiques) parce qu’il y a trop de personnes qui en souffrent et qui ne trouvent pas de solution
  • et la cohésion en entreprise parce que je trouve que c’est important.

Et puis, le projet que je voudrais développer après, c’est permettre aux gens de découvrir la Bretagne et le Finistère Sud en particulier. Je veux organiser des séjours pour les particuliers autour de leur passion, plutôt sportive si possible parce que je sais ce dont les gens ont besoin pour assouvir leur passion, ce qu’ils attendent. »

Toutes les activités de LâchezPrise sont des occasions de lutter contre la sédentarité et de se déconnecter de la routine. Mais, la réflexion de Nicolas va plus loin : ce qu’il veut, c’est améliorer la vie des salariés au quotidien en créant du lien et des valeurs communes au sein de l’entreprise.

« L’activité qui fonctionne le mieux actuellement, c’est Breizh Lantek, une version finistérienne de Koh Lanta. Je travaille la cohésion en dehors de l’entreprise. Je n’invente rien, ce sont des choses qui existent déjà mais personne ne le fait ici.

Je fais aussi de la cohésion de combat au cours de stages de judo, de self-défense ou de gouren. Je fais des jeux d’opposition comme avec les enfants, ou des choses un peu plus techniques selon le niveau du groupe.

A travers la compétition, ce qui est intéressant, c’est de créer une émulation autour de la tâche à effectuer. De toutes façons, dans l’entreprise, les gens ont un projet commun. Ce que je veux développer, c’est l’esprit de corps. On voit bien, dans les équipes de foot célèbres, les joueurs qui sont bons mais qui ne jouent pas ensemble. L’esprit de corps, c’est développer des valeurs autour d’un objectif commun.

Et puis, je propose aussi des activités qu’on ne trouve pas ailleurs parce que l’idée me semble bonne. Comme la batucada*, par exemple. Sur une matinée, l’intervenant apprend au groupe à jouer un morceau assez simple aux percussions. Le but de l’activité, c’est d’écouter les autres, de jouer avec les autres. Tu ne prends pas forcément de décisions mais tu es obligé d’être raccord sinon ça ne fonctionne pas. Je ne suis pas musicien, mais par contre je le propose et j’ai trouvé quelqu’un qui le fait parce que je sais que des gens recherchent ce genre d’activités.

Dans la même idée, j’ai trouvé un intervenant qui fait du chien de traîneau. Selon le niveau du groupe, ce sera plutôt de la cani-randonnée ou du cani-trail, avec une ceinture et une longe et il faut diriger le chien à la voix. »

« Ce sont des activités que tu ne fais pas tous les jours, tu vois tes collègues dans une situation où tu ne les imaginais pas forcément. En plus de créer des souvenirs, ça permet vraiment de renforcer la cohésion. »

Nicolas voit plus loin encore, il envisage le sport comme un excellent révélateur de compétences. Au cours d’une séance, il alterne les activités pour mettre en valeur la combativité, l’endurance ou la capacité à collaborer de chacun.

« Si je fais une activité de marche avec bâtons, par exemple, je vais faire des exercices de cohésion. Marcher par deux, attachés ou guider l’autre, les yeux bandés. J’alterne avec une petite course ou un peu de self-défense pour voir qui a du répondant. Je travaille beaucoup comme ça. »

« On pourrait recruter les gens en faisant des activités sportives parce qu’on s’aperçoit de plein de choses, on voit qui peut prendre du leadership, on peut voir qui communique, qui analyse. Ça révèle les qualités de chacun.

Ça peut permettre aussi de placer les personnes à des postes plus adaptés par rapport à ce qu’on a pu voir à travers le sport, parce qu’ il n’y a pas de tricherie. Tu vois vraiment comment sont les gens. »

Son dernier projet en date, en partenariat avec la Maison du Patrimoine de Quimper, est le « Run in Breizh » : un parcours de course à travers la ville, parsemé d’étapes pour découvrir des anecdotes sur les quartiers historiques.

« C’était un essai pour voir si ça plaisait. Mais, ça va être reconduit. On va visiter, courir dans des lieux insolites de Quimper, entrer dans des bâtiments.

Je vais sans doute proposer des jours fixes dans la semaine : un petit circuit, un grand et une session nocturne et après, selon mon emploi du temps, à la demande avec des groupes de particuliers ou des entreprises. Et puis, ça s’appelle «  Run in Breizh » mais on peut le faire en marche rapide. Sur le petit circuit, on pourrait imaginer faire ça en trottinette aussi, je peux décliner. »

TOST – Les deux premières sessions ont eu lieu à Quimper. Penses-tu étendre le concept à d’autres villes ?

Nicolas Cloteaux – LâchezPrise :

« Pour l’instant, je me concentre sur Quimper parce qu’il y a déjà un gros travail de préparation. Il a fallu que j’apprenne plein de choses mais j’ai toujours aimé l’histoire. Je n’ai pas trop aimé l’école mais l’histoire, c’est une des matières que je préférais.

Après, oui, j’aimerais bien développer l’idée : courir en ville à Quimper, au bord de la mer à Concarneau, ville d’Art et d’Histoire et dans les terres à Locronan. »

TOST – Pourquoi avoir créé ton entreprise dans le Finistère ?

Nicolas Cloteaux – LâchezPrise :

« Le Finistère Sud se prête très bien aux activités que je propose : il y a des plages, des falaises…

Il y a tout ici. Enfin, il y a tout et il n’y a rien. Il y a tout parce qu’il y a beaucoup de lieux à découvrir. En regardant certaines photos, on se croirait à l’autre bout du monde alors qu’on est à dix kilomètres de la maison.

Et puis, il n’y a rien parce que ce que je propose n’existait pas. C’est dommage, il fallait que quelqu’un le fasse. On ne va pas dire qu’on est sur du plein emploi en Finistère mais dans l’ensemble, il y a quand même beaucoup de gens qui y travaillent mais il n’y a encore rien pour qu’on s’occupe des salariés et des chefs d’entreprise. »

TOST – Tu as baptisé ton entreprise « LâchezPrise – Agitateur de souvenirs ». Quelle est ta définition du « lâchez prise » ?

Nicolas Cloteaux – LâchezPrise :

« Si on parle de l’entreprise, lâcher prise, c’est réussir à souffler un peu. Si on parle des séjours, l’idée c’est que les gens profitent pleinement de leur séjour et construisent des souvenirs. D’où la punchline « Agitateur de souvenirs ». Et c’est aussi un clin d’œil au judo, on prend, on lâche.

Les gens comprennent tout de suite à quoi ça va servir, avec leur propre définition qui n’est pas forcément la mienne. L’idée c’est d’accrocher les gens, qu’ils se posent des questions sur ce que je propose, pour créer du dialogue.

Après, moi, je propose des outils. Je ne dis pas que ce sont les seuls, ce sont des outils parmi tant d’autres. Les activités physiques, ça ne correspond pas à tout le monde. Mais, les entreprises se rendent compte de plus en plus que les gens qui sont sportifs sont moins malades. Comme ils sont moins malades, ils sont moins absents et s’ils sont moins absents, l’entreprise marche bien. »

TOST – Et toi, comment fais-tu pour lâcher prise ?

Nicolas Cloteaux – LâchezPrise :

« Le judo fait partie de moi, c’est ma passion. Quand je suis au judo, je suis content. Mais ce qui me fait vraiment lâcher prise, c’est le surf parce qu’il n’y a pas de notion de compétition. Enfin, pas pour moi. J’ai envie de bien surfer mais je sais que je ne serai jamais bon.

C’est inconcevable de me lancer dans quelque chose si c’est mal fait et c’est parfois un peu pesant. Là, si ce n’est pas bien fait, je me relève et je retourne prendre une autre vague.

Et quand je peux le faire en famille, c’est encore mieux. Passer du temps avec mes enfants, c’est primordial. »

TOST – Quel est ton Home Spot préféré ?

Nicolas Cloteaux – LâchezPrise :

« Pour moi, c’est Douarn’ ! Douarnenez, c’est un diamant brut. C’est beau, c’est tranquille, on peut courir, surfer. Et puis, les gens sont vraiment très très attachants.

J’aime bien la baie de Douarnenez en général et la plage de Saint-Hugen, à côté d’Audierne. C’est la plage que je préfère. »

Merci à Nicolas d’avoir fait une pause dans son emploi du temps bien rempli pour partager avec nous sa vision du sport et de l’entreprise. Vous pouvez retrouver toutes les activités qu’il propose sur son site internet www.lachezprise.fr

*La batucada est un genre musical d’origine brésilienne inspiré de la samba, c’est aussi le nom que l’on donne aux groupes de percussionnistes jouant ce style de musique.                 

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Interview d’Elfenn Quemener & photos de Guillaume Prié

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