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Philippe Bossard, l’explorateur sonore.

Amoureux fou de la mer, musicien et compositeur, Philippe Bossard fait partie de ces rares personnes qui ont su donner à leur vie une chance de s’accorder aux passions qui les accompagnent depuis l’enfance. Calme et sensible, ce Breton nous raconte comment il est arrivé en presqu’ile de Crozon, et comment son expérience de ce lieu unique l’a amené à y poser ses planches et ses claviers.
Avant d’emménager sur la presqu’ile il y 12 ans, le costarmoricain connaissait le lieu, idéalement situé pour la pratique du surf et proche de possibilités de travailler. Il décrit cet endroit comme suffisamment reculé pour rappeler l’isolement d’une île, sans être coupé du monde. La proximité de Brest, notamment, lui offre un moyen de se connecter et de se déconnecter rapidement.
Fruit d’une certaine sérendipité, son arrivée est motivée par l’offre d’un poste à l’école de musique de Crozon, au lendemain de l’obtention de son diplôme au CFMI de Poitiers et d’une erreur de route qui le mènera à son futur domicile. Voyant ces éléments comme une possibilité de s’investir dans ce lieu, Philippe s’engage dans l’école de musique et emménage dans le secteur de Goulien.

Conversation avec Philippe Bossard

« J’ai un rapport à la pierre très particulier », me confie-t-il, cette pierre qui représente la Bretagne du voyage, plus traditionnelle, sauvage. Celle qui sûrement fait revenir les Bretons après avoir vécu ailleurs. Ses diverses expériences le ramènent donc en Bretagne et lui font prendre conscience que « c’est ici ». Nec plus ultra, pas plus loin. « Ici, la mer bouge d’une autre façon » ajoute Philippe, « et les pierres aussi sont différentes ». Sa capacité à contempler, à remarquer les détails est grande et détermine clairement sa façon de trouver l’inspiration, de se réjouir chaque jour d’une manière renouvelée, et d’être le spectateur de tant de richesse naturelle.

Philippe tisse rapidement des liens avec les autres presqu’iliens, par exemple grâce à l’école de musique, à l’école de surf qu’il crée avec son frère, mais aussi des rencontres plus étonnantes avec des géologues qui l’amèneront à jouer de la scie musicale dans des grottes, et après avoir vu un documentaire sur des pierres sonores, à expérimenter son premier lithophone, lors du festival Territoires Sonores 2017. Dans la suite logique de son intérêt pour les pierres, Philippe me fait remarquer qu’une pierre «  ça ne bouge pas » et nous indique que ces pierres se trouvent lors de cueillettes et que seuls 10 % d’entre elles ont la capacité de sonner. La modification du lithophone oblige à la création permanente, de nouvelles choses se créent, un changement de combinaison s’opère, mais une note est toujours stable pour une pierre donnée.

On retrouve chez Philippe cette dualité entre stabilité et changement, entre éternité et nouveauté.

Il porte par exemple aujourd’hui le projet de transformer ces sonorités de pierres de manière électro-acoustique pour les intégrer à des créations modernes et ainsi les faire évoluer. Selon lui, les choses ne sont pas arrêtées, bloquées. Il maintient fermement l’idée de ne pas figer les choses ou vivre dans le souvenir, de faire évoluer, et de ne pas rester coincé. Par ailleurs, il tient à l’idée de mélange et de croiser les chemins.

Philippe est un multi-instrumentiste, mais son outil de prédilection est le clavier. Depuis quelques années, il s’est spécialisé dans la composition sur clavier analogique. Ce qu’il apprécie beaucoup chez ses instruments, qui souvent sont anciens, est leur caractère instable : en effet, beaucoup de composants électroniques  sont aujourd’hui vieux et il trouve dans ces imperfections une impression de vie.

Il considère que la musique est un processus d’évolution permanente, et que « l’année prochaine ce sera autre chose ». Il ne s’envisage pas comme un spécialiste mais plutôt comme « un apprenti en perpétuel apprentissage ». À chaque rencontre se manifeste une opportunité, qu’il entende un instrument ou un son, il va « rebondir dessus », il a « besoin d’être nourri ». La musique peut-être la quête d’une vie et ce qu’il cherche à éviter, c’est un jour de regarder en arrière, 20 ans après, sans avoir essayé. Alors il définit l’expérimentation comme « les accidents » et dans l’idéal il ne cherche à garder que les bons, ces accidents qui vont nourrir sa création.

Il me confie que ses influences ont été jusqu’à 13 ou 14 ans liées à la culture TV, la musique de cinéma, les génériques des émissions etc… « En primaire, tu absorbes tout ! » Quand je l’interroge sur ses influences actuelles, il m’explique qu’elles sont tournées vers les gens avec des recherches comparables. Bien sûr, il ne cache pas son affection pour la musique de Brian Eno, et celle de François de Roubaix pour son rapport à la mer par exemple.

Et puis, Philippe développe un petit peu la raison qui l’a amené à composer des musiques pour des fictions ou des films documentaires par exemple. Progressivement il a pris l’habitude, dans son lien à la vidéo, de voir passer une image et de penser aux sons qu’il pourrait composer en rapport à celle-ci. Parallèlement, il évoque sa manière de repiquer les musiques des gens qui lui plaisaient et de faire preuve de patience et de concentration. Il n’oublie pas non plus ses grandes influences que sont Yann Tiersen, pour sa reconnexion au clavier et lui avoir fait racheter un piano, et le lien direct avec  Philip Glass.

Quand je l’interroge sur la nature locale, Philippe m’explique que ses activités dépendent grandement des saisons. Elles sont ici variées, marquées. Il évoque les houles d’ouest de Septembre, les dépressions, la vie en hiver à l’intérieur qui amène à une création infinie. Et comme il y a un temps pour tout, il évoque le soleil qui pour lui est directement associé au surf. C’est ainsi qu’il partage son année entre ses deux métiers de compositeur et de professeur de surf, toujours profondément attaché à son territoire.

Dans un grand besoin d’équilibre, il précise que le surf lui permet de sortir sa tête de la musique, sinon il en vient à manquer de recul. C’est aussi une façon d’être actif physiquement et de respirer, ce qui dans son cas porte un très grand sens puisqu’il a longtemps souffert d’asthme ( il en tirera des compositions remarquables sous le titre d’Asthma Songs ). Le surf l’a donc amené au voyage, à la rencontre, à la vie sociale et lui a évité de manquer d’air. Cette respiration précieuse, on la retrouve dans son style organique et aérien, ancré et explorateur. 

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Interview & photos Guillaume Prié

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Finistère Gens Interview Photo

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